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Ce que l'ultra-runner peut apprendre au sourceur

Articles · 4 janvier 2022 · 12 min de lecture

Pour une fois pas de méthodologie, d’outil ou de hack, mais un article mûri dans et par le désert, sur ma vie de sourceur/runner…

Il y a deux mois, je participais et finissais le 35ᵉ Marathon des Sables — un raid par étapes de 250 km en autonomie dans le désert marocain. Durant six jours, par plus de 45° à l’ombre, j’avancerai, un pied devant l’autre. Une épreuve physique et mentale d’une rare intensité.

Si le pourquoi et le comment de ma participation à cette course sont encore en cours de rédaction, je voulais commencer cette série d’articles plus personnels par ce que cette course m’a appris. Et finalement, sur ce que l’ultra-runner peut apprendre à l’ultra-sourceur.

La course à pied fait partie de ma vie depuis 18 ans maintenant. De mon premier kilomètre à aujourd’hui, des milliers d’heures à penser, imaginer, réfléchir et courir bien sûr. Le running, c’est ma soupape, mon évasion, ma bouffée d’oxygène. Trois à quatre fois par semaine, je chausse les baskets pour une heure, deux heures, trois heures, la plupart du temps seul. Une occasion unique d’être avec soi-même.

Mes pérégrinations m’ont conduit à courir des distances de plus en plus longues — 10, 20, puis 42 km — durant lesquels je découvre des sensations uniques et décide d’aller au-delà sur de l’ultra-marathon. L’ultra-marathon couvre les distances supérieures au marathon (42,195 km), pour ma part des distances de 80 km ou des courses par étapes de 200 km et plus.

Que tirer du Marathon des Sables ?

Pour le lecteur pressé, voici l’essentiel :

  • Une bonne dose d’optimisme
  • L’échec n’est pas une option
  • C’est la discipline, pas la motivation, qui te fait avancer
  • Plus tu es préparé, mieux c’est
  • Il faut durer pour arriver

« Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme ! » Développons.

De l’optimisme

Quand tu te lances dans le sourcing d’un développeur Java de 7/8 ans d’expérience — ou toute autre compétence rare et prisée — tu sais une chose : ça ne va pas être simple ni facile. Il te faudra une bonne dose d’optimisme, non pas parce que la mission soit impossible ou infaisable, mais parce qu’à première vue cela risque d’être long, qu’il y aura des moments critiques, du découragement. Et en définitive, cette foi en toi, cet optimisme te fera garder le cap quand l’envie d’arrêter sera pesante.

Quand j’entreprends un ultra, je ne vois pas la difficulté, la peine ou la fatigue — ils font partie intégrante du voyage. Je vois l’arrivée. Je prends le départ avec cette conviction chevillée au corps : je vais y arriver. Il ne s’agit pas d’un optimisme béat. On ne se lance pas dans 250 km sans entraînement ni préparation. Mais quand je me lance, c’est avec la conviction que : « je vais y arriver, parce que j’ai fait ce qu’il fallait pour ».

L’échec n’est pas une option

Quand je prends le brief, je m’assure des tenants et aboutissants du projet. Je pèse chaque paramètre, j’implique naturellement mon hiring manager dans mon questionnement : Pourquoi veux-tu recruter ? Quelle est ta vision sur le poste ? En quoi ce travail est-il intéressant ? Pourquoi vais-je démissionner de mon poste actuel pour vous rejoindre ? Et toi, si je t’approchais pour ce job, y irais-tu ?

Les réponses importent autant que l’argumentation de mon interlocuteur. Ce sont des éléments précieux pour cadrer la mission, pour comprendre et évaluer la faisabilité du projet. Évaluée, mesurée, cadrée, je peux lancer la recherche. Dans cette perspective, l’échec n’est pas une option : quoiqu’il arrive, nous irons au bout. Parfois nous devrons réaménager le projet, l’amender — mais nous irons au bout.

Être patient, ne pas se décourager, s’accrocher. Nous allons vivre des moments difficiles : ces moments euphoriques puis ces coups de moins bien. Les montagnes russes émotionnelles du candidat qui nous dit oui, puis nous dit non. Ces kilomètres qui n’en finissent plus. L’épuisement quand il faut recommencer un sourcing à zéro. Il nous faudra puiser en nous pour surmonter cette épreuve. Au nom de quoi ? De l’envie d’y arriver, d’être finisher. Une bonne dose de motivation — mais surtout de la discipline.

De la discipline

La motivation seule ne suffit pas. Ce qui te fait avancer dans le dur, c’est la discipline. Lorsque par 58 degrés j’avance, le corps ployé sous le soleil, la chaleur intense qui me brûle le visage — ce n’est plus la motivation qui me fait avancer, c’est la discipline. Un pied devant l’autre. J’avance, parce que c’est ce que j’ai à faire. C’est le job qu’on attend de moi à ce moment. Je respecte l’engagement pris. Ce n’est pas drôle, mais c’est le job : tant que mon corps me permet d’avancer, j’avance.

Si le sourcing jouit actuellement d’une aura « fun » et « cool », c’est avant tout un métier où l’abnégation est un élément clé dans la réussite. Quand cela fait 20 appels que j’essuie un refus, est-ce la motivation qui me fait passer le 21ᵉ ? Non. C’est la discipline. Et la conviction que je vais y arriver parce que je fais ce qu’il faut pour.

Comme en course, nous ne parlons souvent que de la partie paillettes, de l’arrivée — oubliant ce qu’il nous a fallu déployer pour y arriver. C’est besogneux, pas très glamour. Il faut sans cesse se remettre sur l’ouvrage. Certes, nous ne sommes pas à la mine — mais tout de même.

En 18 ans de course à pied, je n’ai abandonné qu’à une reprise sur blessure. La décision fut d’autant plus difficile qu’il ne me restait que 30 km à parcourir sur les 205 à réaliser. En revanche, il m’est souvent arrivé de renoncer à prendre le départ d’une course pour laquelle j’étais inscrit, faute de préparation, de sommeil, de temps. Mais, dès lors que je décide de prendre le départ, c’est pour finir. Comme en sourcing : il n’y a pas de hasard.

De la préparation

La préparation est un élément déterminant de la réussite. Pour autant, on a trop tendance à ne voir que la préparation physique — l’entraînement, les kilomètres parcourus — alors qu’en définitive, pour une course comme le Marathon des Sables, le physique ne compte que pour un tiers. Le reste : préparation du matériel, des vivres, et du mental.

Ramené au sourcing, ce n’est pas parce que je maîtrise le booléen et que je suis certifié sourceur que je vais y arriver — en tout cas pas uniquement. J’ai longtemps fait du sourcing sans connaître les opérateurs avancés de Google, ni les arcanes de GitHub. Et pourtant je sourçais et recrutais des profils pénuriques.

J’ai toujours sourcé avec méthode : travaillant mon market-mapping, prenant le temps de comprendre les métiers pour lesquels je chassais, maîtrisant l’ensemble des outils à disposition. Je n’ai jamais hésité à perdre un peu de temps pour comprendre un sujet si cela permettait d’en gagner par la suite. Je prépare mes recherches, me documente sur un milieu pour en comprendre les us & coutumes, les codes — quitte à jouer au sociologue.

La difficulté ? Se lancer.

Alors que je préparais le MDS 2020, le Covid impose à l’organisation de reporter la course de six mois. Coup dur — mais je n’étais pas prêt. Ce report me soulage. Six mois passent, nouveau report. Nous vivrons ainsi trois reports de course. Lorsque le 10 août 2021 je reçois le mail de l’organisation, j’ai le choix : un nouveau report, ou partir en octobre. Le timing est juste, très juste. Je suis tenté un instant de reporter — et puis finalement je me lance. J’étais prêt, mais l’angoisse, la peur, m’ont fait hésiter. Pas longtemps. Mais hésiter tout de même.

Se lancer dans ce type d’aventure, c’est comme sourcer un profil nouveau pour la première fois : il y a une part d’inconnu. Une incertitude que la préparation tente de réduire. En définitive, il s’agit à un moment ou à un autre de sortir de sa zone de confort. La préparation était devenue ma zone de confort — et en sortir, c’était aller vers l’inconnu. Ce que je ne connais pas est ce qui me fait peur. La peur nous limite. Sortir de sa zone de confort, c’est surmonter ses peurs et élargir le champ des possibles.

De la gestion de sa course

Pas besoin d’aller courir 200 km pour sourcer — évidemment. Pratiquant les deux activités depuis 20 ans, j’y ai vu forcément des parallèles. Outre l’activité solitaire — car tout comme le runner est seul face à lui-même dans une course, le sourceur est seul face à son écran et face au candidat — c’est un beau métier dans lequel notre travail a un véritable impact sur l’entreprise comme sur les personnes que nous recrutons. Mais c’est aussi un métier ingrat, difficile, stressant, dans lequel on a vite fait de s’épuiser. Celui qui dure n’est pas forcément le plus rapide, le plus fort, mais celui qui gère au mieux sa course. C’est un métier d’endurance.

L’effort long n’est soutenable que parce qu’il est fractionnable. Quand je prends le départ d’une course de plus de 240 km, je ne pense pas à cette folle distance — je pense à la première étape (32 km), et au premier ravitaillement, soit 12 km. Pour durer et aboutir, il faut fractionner méthodiquement le projet en étapes. Ne partez pas tous azimuts : prenez le temps de poser des jalons à votre campagne de sourcing.

Je concède volontiers que ces préceptes ne sont pas l’apanage du sourcing ou de la course à pied — vous les retrouverez dans bien d’autres disciplines de hautes intensités. L’essentiel est ailleurs : par-delà la victoire et l’achèvement, il y a ces heures difficiles, si âpres, ces découragements tus, ces larmes versées qui font la victoire si belle.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » — Mark Twain

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