Voyage au pays du sourcing !
J’ai écrit cet article en 2021. LinkedIn affichait alors 700 millions de profils, et l’on me promettait déjà une intelligence artificielle capable de sourcer à ma place.
Trois ans plus tard, la boîte magique n’existe toujours pas.
Mais le terrain, lui, a changé de carte.
Voici donc le voyage, intact. Et trois escales de plus, pour 2026.
Quand j’ai posé ces lignes, le sourcing était « trendy ». Il l’est resté, mais pour une raison que je n’avais pas vue venir.
En 2021, je décrivais une tension : pour certains métiers, l’offre de compétences passait sous la demande, et le flux entrant s’asséchait. Cette tension ne s’est pas desserrée. Elle s’est installée, puis généralisée.
Et entre-temps, quelque chose d’autre s’est produit. L’IA est bien arrivée, oui. Mais pas sous la forme promise. Elle n’a pas sourcé à notre place. Elle a fait pire : elle s’est mise à réécrire les profils.
Le terrain déclaratif, déjà mince, s’est uniformisé. Les bios se ressemblent, les titres se gonflent, les compétences se cochent. Le profil n’a jamais autant ressemblé à un profil. Et n’a jamais aussi peu ressemblé à une personne.
Tout ce que je proposais en 2021, inférer la compétence sans la voir écrite, croiser les sources, lire l’implicite, n’est donc pas devenu obsolète. C’est devenu vital.
Je republie cet article tel quel. Et j’y ajoute, en fin de parcours, trois escales que les trois dernières années ont rendues nécessaires.
Bon voyage.
Trois ans plus tard : le pays a changé de carte
En 2021, je vous invitais à aller « par-delà les mots », à ne pas vous fier au seul affichage d’un profil. L’idée tenait à une intuition : ce qui est écrit sur un profil est explicite, mais son absence ne prouve rien.
Depuis, cette intuition est devenue une ligne de fracture. Voici pourquoi.
L’annuaire déclaré et le registre d’état civil
Un profil LinkedIn, c’est un annuaire déclaré. Chacun y écrit ce qu’il veut montrer, dans l’ordre où il veut le montrer. C’est un récit. Une carte que l’on dessine soi-même.
Or sourcer, ce n’est pas lire la carte. C’est arpenter le territoire.
À côté de l’annuaire déclaré, il existe un registre d’état civil : les traces qu’une personne laisse en travaillant. Un commit sur un dépôt public. Une prise de parole en conférence. Une contribution à une communauté. Ces traces-là, personne ne les rédige pour séduire un recruteur. Elles existent parce que le travail a eu lieu.
La nuance n’est pas cosmétique. L’annuaire vous dit ce qu’une personne revendique. Le registre vous montre ce qu’elle a fait.
Arrêtez de lire les profils. Apprenez à lire les traces.
La hiérarchie des signaux
Tous les signaux ne se valent pas. On peut les ranger en quatre niveaux, et cette grille prolonge exactement ce que cet article esquissait déjà :
- Le déclaratif. Le titre, la liste de compétences, le résumé. Falsifiable à l’infini, et désormais lissé par les modèles de langage qui rédigent à la place du candidat.
- L’implicite. Le parcours, les environnements traversés, les technologies que l’entreprise emploie sans que le profil le mentionne. C’est l’intelligence marché dont je parlais en 2021.
- Le comportemental. La fréquentation assidue d’une communauté, la présence répétée à des événements. Pas l’appartenance : l’assiduité.
- La preuve de travail. Le geste lui-même. Le code livré, la conférence donnée, la contribution versée.
Plus on descend dans cette hiérarchie, plus le signal devient difficile à truquer. Et plus il devient rare de le trouver écrit noir sur blanc.
Information absente de la bio du candidat. Présente dans son geste.
Le sourcing 360 : croiser pour voir
En 2021, je vous montrais comment croiser StackShare, Welcome to the Jungle et les Meetups Symfony pour inférer une compétence sans la voir affichée. Le principe n’a pas bougé. Son terrain s’est élargi.
L’un raconte. L’autre prouve.
La preuve de travail bat le déclaratif.
C’est tout l’esprit de ce que j’appelais déjà le sourcing croisé, poussé à 360 degrés : ne jamais s’enfermer dans une source, recouper systématiquement, et préférer la trace au récit.
L’IA, 5 ans après
Je terminais en 2021 sur une mise en garde : l’IA ne vous sauvera pas, aucune boîte magique ne sourcera à votre place. Je n’en retire pas un mot.
J’ajoute seulement ceci. L’IA n’a pas remplacé le sourceur. Elle a transformé le terrain qu’il explore. En rédigeant les profils, elle a rendu l’annuaire déclaré encore plus uniforme, encore plus séduisant, encore moins fiable.
Le paradoxe est cruel. Plus les profils sont beaux, moins ils disent. Plus la couche déclarative s’épaissit, plus il faut savoir lire dessous.
L’IA vous augmente si vous la prenez en main. Elle vous aveugle si vous la laissez vous piloter.
Alors prenez votre sourcing en main. Lisez les traces. Le reste n’est qu’un décor que d’autres ont écrit pour vous.
Bon voyage, et belle cartographie.
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