Quelle valeur donnons-nous aux choses, aux postes, aux compétences? A l’homme ou la femme assis devant nous?

Donner de la valeur! On l’oublie trop souvent mais évaluer, c’est donner de la valeur à quelque chose, à quelqu’un.

Recruter et évaluer c’est donc valoriser et apprécier mon interlocuteur dans son offre de compétences et dans la cohérence de cette offre au regard du projet promu par l’organisation en demande de compétences.

Valoriser, apprécier, estimer, tant de termes recouvrant une seule et même réalité : l’altérité et son pendant logique, la subjectivité.

Délicat exercice que de valoriser autrui par le prisme de notre propre subjectivité!

Le factuel en garde fou, véritable funambule, nous investiguons par le recueil d’éléments, et bâtissons l’hypothèse d’une adéquation possible ou non avec le projet de notre client.
Ainsi donc, tout autant que l’évaluation des candidats, il appartient à notre alchimiste de l’altérité d’estimer au plus juste les attentes de son client, d’en comprendre la culture. Car au-delà de la promotion du projet, il appartient au recruteur de mettre en cohérence chacune des deux parties, recruteur et recruté.

Humble artisan du rapprochement de deux projets, il y a dans cet exercice la nécessaire bienveillance du médiateur, bien loin du cliché dom juannesque du recruteur en posture de statue du commandeur.
La bienveillance est consubstantielle à notre métier dans la mesure où il nous conduit à mettre notre subjectivité au service de la compréhension et de l’écoute de l’autre.

Prenant ainsi ce qui est dit pour ce qui est, nous investiguons à la recherche d’éléments illustrant le propos de notre interlocuteur. Sans ce travail de collecte d’informations factuelles, le propos reste incantatoire et l’entretien une discussion au mieux professionnelle.

L’exercice de l’entretien a ceci de délicat qu’il est vain de croire qu’on puisse en évacuer la dimension subjective ; nous fondons notre conviction et notre jugement sur l’interaction qui s’opère lors de cet échange.
Parti pris, cette bienveillance reste me semble-t-il l’attitude la plus propice à un échange dont l’objet est l’évaluation d’un projet professionnel au regard d’un projet d’entreprise.

L’artifice visant à déstabiliser, faire monter en pression le candidat dans l’entretien n’apporte in fine que peu d’informations pertinentes et comporte un risque réel d’altérer définitivement l’échange.

S’il s’agit d’évaluer la résistance au stress, la collecte d’éléments mettant en jeu cette dimension semble préférable. Si le recruteur souhaite pousser plus loin l’investigation, le recours aux outils psychométriques permet en général d’obtenir de meilleurs résultats.

Etymologiquement évaluer c’est estimer la force de l’autre, physique ou morale. Dans ce délicat exercice, point d’estimation juste sans disposition favorable vis-à-vis d’autrui, autrement dit point d’estimation juste sans bienveillance !